Retranscription de l’interview de Hervé de Malliard, dirigeant de MGA Technologies et ambassadeur de la French Fab, dans le numéro 2575 du magazine BREFECO sorti le 20 mars 2024. Abonnez-vous à l’hebdomadaire Bref ECO via ce lien ici.

Très actif pour mobiliser les entreprises pendant la crise Covid, Hervé de Malliard, dirigeant de MGA Technologies, société de Civrieux-d’Azergues qui conçoit et assemble des machines spéciales, et ambassadeur de la French Fab, fait le point avec Bref Eco sur la réindustrialisation du pays tant réclamée.

Bref Eco : À la faveur du covid, tout le monde a appelé à la réindustrialisation du pays, à la relocalisation d’activités. Trois-quatre ans plus tard, considérez-vous que la situation s’est améliorée, que ces appels ont trouvé concrétisation ?

Hervé de Malliard : En 2023, le PIB industriel est tombé sous les 10 %… Il y avait eu une prise de conscience au milieu des années 2010 et le covid a fait toucher du doigt cette problématique au grand public. Dans l’imaginaire collectif, je pense que la France était restée un pays industriel et les gens ont découvert la situation avec le covid. Ils ne pensaient sans doute pas qu’on en était là et, effectivement, tout le monde a alors parlé réindustrialisation. Durant les années qui ont suivi, il y a eu un sursaut dans les intentions et dans les faits. Je pense aux dispositifs France Relance, France 2030 et à la baisse des impôts productifs.

Mais la subite et très forte hausse des taux d’intérêt a freiné brusquement et la situation, touchant à la fois les ménages et les industriels, a totalement ralenti la machine. Dommage car je pense qu’il s’était vraiment passé quelque chose et que les Français s’étaient convaincus qu’il était plus vertueux de choisir du local pour l’économie du pays et pour la planète. Je pense cependant que cette prise de conscience n’a pas disparu, qu’il y a seulelent une inflexion due à la baisse du pouvoir d’achat. Il faut reconnaître que ce n’est pas facile de protéger notre modèle social et la planète car on n’est pas forcément prêt à se passer de certains produits et l’on finit par céder à une offre moins chère mais fabriquée ailleurs. Cela a tout de même largement impacté le nombre de créations d’usines qui, en net (ouvertures moins fermetures), était selon l’observatoire Trendeo, de 27 en 2023 contre 83 en 2022, 116 en 2021, 1 en 2020 et 5 en 2019. Pour notre part, chez MGA, nous avons créé une usine de 4000 m2 à Mably près de Roanne pour notre nouvelle activité MGA Medtech (voir encadré).

Tout cela est un enjeu de souveraineté mais également d’emploi…

H.M. : Enjeu de souveraineté, enjeu d’emploi mais aussi enjeu sociétal selon moi ! Je considère qu’implanter une usine dans un territoire, c’est créer du liant social et alimenter le reste de l’économie (commerçants…) D’ailleurs, je pense que ce que vivent actuellement les agriculteurs, c’est un peu ce qu’a vécu l’industrie ces dernières décennies. Je pense qu’il ne faut surtout pas « débrancher » les territoires et j’adhère donc largement à la politique « Territoire d’industrie » du Beaujolais. Je copréside depuis peu le Territoire d’industrie du Beaujolais.

« C’EST LE MAILLAGE FIN DU TERRITOIRE AVEC TOUTES LES TAILLES D’ENTREPRISES QUI FAIT LA MATURITÉ D’UN TISSU INDUSTRIEL. »

L’intelligence artificielle est au menu dans tous les secteurs. Quelles implications dans l’industrie ?

H.M. : Il y a selon moi plus d’implications positives que de risques. Certes le « poinçonneur des lilas » va disparaître mais cela va créer d’autres emplois. Plus il y a de technologies, plus il y a d’emplois. Je me souviens que dans les bureaux d’études, l’arrivée de la CAO dans les années 80 avait fait très peur !

À l’inverse de l’IA qui conquiert tous les domaines à une vitesse stupéfiante, la 5G Industrielle semble patiner. Quel avenir pour cette technologie que vous connaissez bien puisque vous testez des applications pour certains de vos clients dans votre Tech Lab 4.0 ?

H.M. : C’est le système nerveux de l’industrie 4.0 ! La 5G permet d’augmenter les débits pour traiter plus de data ; de faire cohabiter plusieurs bandes passantes priorisables ; et surtout, de garantir un temps de latence très faible pour s’approcher du temps réel. Cette technologie ne se développe pas de manière uniforme partout. Elle est bien présente sur les très grands sites industriels ou pour des applications qui font intervenir des robots intelligents traitant beaucoup de données. Mais il est vrai qu’elle n’a pas encore trouvé son point d’inflexion technico-économique. C’est encore l’industrie du futur.

On parle beaucoup des gigafactories en ce moment. Pensez-vous que ce soit l’avenir ou que la myriade des petites PME comme on trouve sur Global Industrie restera la norme ? Sur quoi la France doit-elle miser ?

H.M. : Je pense que c’est le maillage fin du territoire avec toutes les tailles d’entreprises qui fait la maturité d’un tissu industriel. Chez MGA par exemple, nous avons 1 200 fournisseurs. Notre savoir-faire, c’est de savoir qui sait faire quoi. Les circuits courts, la réactivité, c’est souvent l’avantage des petites et moyennes entreprises. Je pense donc que le maillage persistera, ce qui n’empêchera pas l’arrivée de grands projets.

D’ailleurs, en Europe, les plus grands industriels sont souvent français, dans le luxe, le nucléaire, la santé, les semi-conducteurs.

La décarbonation, opportunité ou épine dans le pied ?

H.M. : Je pense surtout qu’il faut élargir la question à la pollution en général, à la protection de la biodiversité, de l’eau, à l’adaptation au changement climatique. On avance par petits pas. C’est souvent plus coûteux mais moins cher, comprendre qu’il y a un ROI en termes écologique mais aussi en termes d’image, de marque employeur. Chacun doit trouver son modèle.

Réindustrialisation, relocalisation, décarbonation… ces concepts pourraient sembler incompatibles avec l’export, domaine dans lequel nous ne sommes déjà pas les meilleurs…

H.M. : Il ne faut pas que la réindustrialisation soit synonyme de repli sur soi. Ok pour faire du local, du circulaire, du régénératif mais les grandes innovations disruptives doivent profiter à tous et donc être exportées.

Propos recueillis par Alban Razia, BREFECO

MGA MedTech – une nouvelle usine pour MGA dans la Loire

Après avoir testé une nouvelle activité dans ses propres locaux, MGA Technologies a décidé il y a deux ans de l’autonomiser. Il s’agit de MGA Medtech, implantée à Mably, près de Roanne. Comme son nom l’indique, il s’agit d’une medtech. Elle fabrique des instruments de diagnostic in vitro et des instruments de culture cellulaire pour des start-up industrielles comme pour de grandes entreprises. Pour concrétiser son projet, le groupe a consenti un investissement de 10 millions d’euros aidé à hauteur de 2,2 millions d’euros par France 2030. MGA Medtech emploie déjà 32 personnes. Elle est logée dans un bâtiment neuf de 4000 m² à énergie positive grâce à des panneaux photovoltaïques et à une pompe géothermique. Le projet, récemment sorti de terre, comprend aussi un dispositif de récupération des eaux de pluie et une grande surface en pleine terre avec 387 arbres plantés.

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